Le quantified self: récompenser et punir

Le « quantified self » désigne la mesure dʹactivités corporelles, telles que le nombre de pas effectués et certaines fonctions de lʹorganisme. Dʹabord destiné à l’optimisation des pratiques sportives, les outils se sont répandus et peuvent à présent donner des indications sur lʹétat de santé ou les éventuels risques de maladie. Quʹest-ce que cette tendance révèle de notre manière dʹappréhender notre corps et notre santé ? Quels sont les dangers inhérents au traitement dʹinformations touchant à la santé ? Ce sont les questions que j’ai pu aborder lors de mon interview à l’émission Tribu de la RTS Première.

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Enseigner avec WhatsApp

Un enseignant peut-il utiliser WhatsApp pour communiquer avec ses élèves? C’est un outil certes très pratique qui n’a pas son équivalent dans les outils pédagogiques proposés par les écoles. Mais n’y a-t-il pas un risque de confusion entre sphère scolaire et sphère privée du côté des adolescents? Je m’exprime à ce sujet dans le reportage produit par Simon Corthay, diffusé dans l’émission La Matinale de RTS La Première, aux côtés de la conseillère d’Etat vaudoise Cesla Amarelle.

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Faut-il taxer Facebook?

A l’occasion d’une intervention au journal de la Radio Suisse Romande, j’ai été amené à m’exprimer sur la motion du Conseil des états invitant le Conseil fédéral à modifier la loi pour exiger de Facebook qu’ils aient une représentation juridique en Suisse pour y assumer leurs responsabilités juridiques. Au delà de mon soutien à cette injonction, je suggérais l’idée d’une taxation répondant aux profits que la plateforme fait en exploitant les données privées des citoyens suisses. Une idée folle?

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Le savoir privé des données

Le quotidien Le Temps m’a accordé une courte interview où j’ai pu exprimer mes inquiétudes sur le fait que le pouvoir politique était en train de basculer en faveur du secteur privé reposait également sur la problématique de la détention des données privées par les géants du net. Dans la continuité de mes travaux, j’y propose de mettre de coté un instant les discussions sur la protection sur la sphère privée pour aborder la question du développement du numérique en termes de pouvoir.

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Surveiller et résister

Publication d’un article basé sur un chapitre de ma thèse, écrit en collaboration avec Francesca Poglia Mileti, spécialiste de la sociologie du travail, et édité dans l’ouvrage collectif Les pratiques transformatrices des espaces socionumériques (Presses Universitaires du Québec). Il traite de la façon dont les dispositifs de contrôle, supposément construits par le haut, reposent en fait largement sur des stratégies de pouvoir et des micro-mécanismes interactionnels entre les entreprises, les employés et les individus qui participent à la fabrication de leur propre transparence. Mais s’ils créent ainsi la possibilité de se faire surveiller, ils créent aussi des mécanismes de résistance spontanés. L’article suggère en conclusion qu’il serait intéressant d’examiner des possibilités de résistance contre la surveillance issues de ces interactions plutôt que de se reposer uniquement sur des lois explicites ou des principes de sensibilisation.

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Ci-dessus une pancarte d’une grande enseigne canadienne affichée aux caisses incitant les clients à signaler les caissières qui ne demandent pas spontanément de présenter leur carte. On leur promet 1000 points de bonus.

Big data et démocratie

A l’occasion du dossier consacré à la façon dont le Big data tend à façonner nos vies et est en train de changer nos sociétés, j’ai exprimé dans interview donnée au journal Le Temps mon inquiétude sur le fait que la question des dangers liés à l’accumulation et à l’utilisation des méga-données soit bien plus souvent réduite au point de vue, bien que légitime, de la protection de l’individu, et pas assez souvent sous un angle politique plus large.

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Happy and healthy… in numbers!

In the presentation I am going to give at the University of Ottawa on next Wednesday I will develop the hypothesis of a growing « doctrine of well-being » that urges us to take care of our physical and mental health. Obviously driven by good intentions at first, it nevertheless also carries a plan of dismantlement of the welfare state by building a health policy fundamentally based on individual responsibility. Whether we want to do it or not, we might be forced in a near future to use data-producing devices that plan to make our bodies transparent, such as many apps on our mobile phones. We would have to prove that we did our best to take care of ourselves to be granted the access of the best heath services. We will have to be healthy and happy… in numbers!

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Je vais parler à l’occasion de ma présentation à l’Université d’Ottawa de ce mercredi de l’hypothèse d’une morale du bien-être qui attend de nous que nous prenions individuellement soin de notre santé physique et mentale. Que nous le souhaitions ou non, il se pourrait bien que nous soyons obligés dans un avenir plus ou moins proche d’utiliser des technologies de mesure en temps réel de notre santé, comme les applications qui existent déjà sur nos téléphones intelligents. Nous aurions alors à prouver que nous avons fait de notre mieux pour prendre soin de nous pour mériter d’avoir accès aux meilleures infrastructures de soin.

Les mots et les choses du numérique

Nous sommes désormais tous d’accord : avec la numérisation, notre monde a changé, malgré une indiscutable continuité. Bien que reposant plus que jamais sur un modèle capitaliste qui ne date certes pas d’hier, il a changé dans sa façon de fonctionner, mais aussi de penser et de se penser. Malgré ce consensus qui s’impose face aux faits, il reste difficile de désigner un concept fédérateur qui ne soit pas traversé par des enjeux de pouvoir sérieux, notamment commerciaux. Le concept du « big data », issu des milieux technologiques, est probablement le plus dominant, mais il n’a jamais été neutre ni scientifique. Big data, humanités digitales ou numériques, société du savoir, révolution de l’Internet, révolution numérique, disruption numérique, capitalisme informationnel, capitalisme cognitif, société de surveillance… avec quel concept les chercheurs en sciences sociales peuvent-ils alors travailler ?

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Dans Les mots et les choses (1966), Michel Foucault historicise le savoir et propose d’étudier son développement (tout sauf linéaire) depuis l’âge préclassique jusqu’à la modernité, autour du concept d’épistémè. Malgré la grande complexité de ce qui est sans doute le texte le plus dense du philosophe, Lire la suite

The order of digital things

Almost all of us agree on this point: through its digitization, our world has changed, despite an indisputable continuity. While relying on a capitalist model, it has changed in its way of functioning, but also of thinking and thinking on itself. Despite this consensus on the facts, it remains difficult to designate a unifying concept that would not be trapped in power struggles, especially commercial. The concept of « big data », originating from the technological world, is probably the most dominant one in current-days, but it has never been neutral or scientific and will never be.

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Big data, digital humanities, knowledge society, Internet revolution, digital revolution, digital disruption, information capitalism, cognitive capitalism, surveillance society … with what concept can social scientists work? During this presentation followed by a discussion with the faculty members of the STS studies department of the Cornell university, I tried to imagined what Michel Foucault could have said about the epistemology of that could have been seen a the emergence of a digital episteme.